Du pain et des jeux (de vilains) : en défense de Gilbert Arenas

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Le pain du diable

Pont St-Esprit. Charmante bourgade du Gard, à 22 km au Nord d’Orange. Pont médiéval, prieuré et église du XIIè siècle. 3 hôtels et 4 chambres d’hôtes recensés sur Tripadvisor. Maire divers gauche à l’heure où j’écris ces lignes.

-C’est quoi encore le rapport avec le basket bordel ?

 Pont St-Esprit, 17 août 1951. Cela se présente d’abord comme une intoxication alimentaire. Pris de nausées et de vomissements, une vingtaine de spiripontains (nom donné aux habitants de Pont St-Esprit) défilent chez les deux médecins du village. Le kebab n’ayant pas encore fait son apparition dans cette partie du Gard, les praticiens sont circonspects. Qu’ont bien pu avaler ces patients ?

48 h plus tard, le cauchemar commence. Pont St-Esprit se réveille en enfer. Le village est en proie aux flammes; des formes de couleurs vivent se meuvent dans le paysage, puis éclatent en gerbes aveuglantes ; des lions, des serpents, des « bandits aux oreilles d’âne » poursuivent les habitants à travers les rues ; des lamentos d’outre-tombe résonnent dans l’esprit des citoyens pris d’effroi. « Je suis mort ! Ma tête est en cuivre et j’ai des serpents dans mon estomac ! » gémit un ouvrier.

Pont St-Esprit nage en plein bad trip. Pendant plusieurs jours, plus d’un centaine de personnes seront ainsi victimes de crises hallucinatoires. Les médecins sont dépassés. Des ambulances, des voitures, des charrettes se relaient jusqu’à l’hôpital. Le personnel ne sait pas comment faire face. Personne ne comprend ce qui est en train de se passer. La nuit du 24 août est particulièrement intense. Un adolescent se jette sur sa mère pour l’étrangler. « Je suis un avion ! » s’exclame un patient avant de sauter de sa chambre d’hôpital au deuxième étage et de se briser les jambes.

Au bout du compte, une cinquantaine de spiripontains finiront internés en asile psychiatrique. On déplorera plusieurs décès.

La crise passée, les questions restent en suspens. Qu’est-il arrivé à Pont St-Esprit ? Le Dr Gabbai a une théorie. Elle porte un nom : le « mal des ardents » –  ou « feu de St Antoine », maladie hallucinatoire disparue depuis le Moyen-âge et provoquée par l’ingestion d’un champignon parasite du seigle et d’autres céréales, le « claviceps purpurea » ou « ergot de seigle ». Tout semble en effet pointer vers le pain. Le boulanger du village est d’abord accusé. Le meunier qui le fournit en farine est arrêté puis incarcéré. Une enquête est ouverte. Elle n’aboutira pas.

Le professeur Hoffman, des laboratoires Sandoz, est appelé à donner son avis. Le scientifique helvétique a découvert le LSD par accident en synthétisant l’ergot de seigle en 1943. L’ergotisme serait-il en cause ? D’abord affirmatif, le professeur Hoffman change soudainement d’avis à son retour en Suisse.

Plus de cinquante ans plus tard, en juillet 2009, le journaliste américain Hank Albarelli livre un ouvrage (« A Terrible Mistake ») dans lequel il prétend avoir eu accès à des documents déclassifiés semblant établir que le drame qui a frappé Pont St-Esprit relevait en vérité d’une opération militaire de la CIA.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les services secrets américains s’intéressent beaucoup aux psychotropes, cherchant à développer un « sérum de vérité » ou un agent incapacitant (projet MK-Ultra). Las d’expérimenter sur leurs troupes, et parce que cibler des civils américains était inconvenant, les huiles du renseignement américain auraient eu la fantaisie d’épandre du LSD dans un petit village du sud de la France. Puis le maire était communiste. Cela ne se faisait pas, d’autant moins que la première dame Jackie Kennedy (née Bouvier) descendait d’un ébéniste de Pont St-Esprit ayant quitté l’Europe pour Philadelphie en 1815.

Pour plus d’information ou de désinformation sur le sujet, voir ici, ici ou .

Crédible ou pas, fantaisiste ou non, ce n’est pas à la 31ème franchise de trancher.

Ce qu’on sait avec certitude, en revanche, c’est quelle influence délétère le livre d’Albarelli a eu sur les carrières de Gilbert Arenas, Javaris Crittenon, Javale McGee et Andray Blatche.

Washington Bullets Parano

Décembre 2009. Washington. Le président des opérations Ernie Grunfled a le déplaisir de trouver une mouche dans le croissant qu’il se fait livrer chaque matin avec une demie-baguette et un expresso depuis la meilleure boulangerie de la capitale. Du moins le croyait-il.

« Trouvez-moi un autre fournisseur » ordonne t-il.

La mission échoit au rookie Cedric Jackson. Natif du Nouveau-Mexique, fraîchement émoulu d’une université en Ohio (terres peu versées dans l’art de la panification), Jackson s’interroge: où chercher? Vers qui se tourner? Le voyant perdu, un scout de l’organisation lui conseille de se renseigner auprès de l’ambassade de France.

Bonne pâte, Jackson obtempère. Contact est pris avec le pâtissier de l’ambassade. Originaire du Gard, celui-ci vient justement de terminer la lecture de l’ouvrage d’investigation d’Albarelli. Scandalisé par les révélations du journaliste, il voit dans la demande des Washington Wizards l’occasion d’exercer la revanche hallucinogène française. C’est pain bénit pour une vengeance toute cuite…

Quelques jours plus tard, pour une bouchée de pain symbolique, vingt-cinq baguettes contaminées sont livrées au Verizon Center « en célébration de l’amitié franco-américaine ». Les joueurs sont invités à goûter la mie de l’amitié.

Les effets ne tardent guère à se faire ressentir. Les premières hallucinations se déclarent tandis que les cadres de l’équipe se livrent à une partie de Texas Hold’em dans le vestiaire.

Arenas est le plus sévèrement tourneboulé.

En proie à des visions de zèbres ricanants, chevauchés par des gnomes au visage de David Stern brandissant des équerres, il extirpe 4 calibres de la pile de magazines Men’s Health dans son casier. Deux flingues dans chaque main, le shooteur des Wizards entreprend de mitrailler tout ce qui bouge sans discrimination, hommes ou animaux ou bulles de couleur.

Javaris Crittenton n’est pas en reste. L’arrière s’empare d’un fusil à canon scié dissimulé dans un tas de linge sale et artille dans le mur pour « buter Jiminy Cricket ». La balle traverse le mur des douches pour aller pulvériser l’armoire à trophées, renversant le Larry O’Brien de 1978.

Il s’en faut d’un miracle pour que personne ne soit touché.

Javale McGee est parti très très loin, dans des galaxies que seuls Syd Barrett, Rocky Erikson et Skip Spence ont abordé avant lui. Persuadés de voler ou de traverser les murs, les autres joueurs parviennent on ne sait comment à se retrancher dans une réserve à ballons. Arenas et Crittenton poursuivent leur fusillade hallucinée dans les douches. McGee, cataleptique, est resté allongé sur le sol du vestiaire.

Il faudra l’intervention de trois brigades du SWAT pour neutraliser les fous de la gâchette; trente-six heures pour que la totalité de l’effectif redescende sur terre; et des réunions longues comme un jour sans pain pour que les communicants de la franchise parviennent à se mettre d’accord sur un scénario des évènements acceptable par l’opinion publique.

On connait la version officielle: une histoire de poker qui aurait tourné au vinaigre. La 31ème franchise ne mange pas de ce pain-là. C’est nier la durabilité du préjudice.

Car depuis ce jour fatidique, Javale McGee et Andray Blatche sont régulièrement sujets à ce qu’on appelle des « retours d’acide » – à savoir le resurgissement inopiné des effets hallucinogènes, provoquant des trébuchements et des lancers de ballon dans le public – légitimant par là, autre effet indésiré, le contrat de consultant de Shaquille O’Neal.

Une fois pour toutes, il est temps de mettre le dossier sur la place publique et de demander à ce que l’honneur de Gilbert Arenas soit lavé. Il y a du pain sur la planche, mais il importe de faire connaitre enfin la vérité. L’Agent Zero ne peut être tenu entièrement responsable d’actes commis sous des psychotropes ingérés à l’insu de son plein gré. Ça ne mange pas de pain de le dire.

Quant à Crittenton, il a mal tourné, au-delà de tout espoir de rédemption publique… Meurtre, trafic de drogue… Au diable Javaris!

DrStrangelove

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