La véritable histoire derrière le changement de nom de Shane Battier, par XIII

Tout le monde a eu vent de l’explication fumeuse que Shane Battier a donnée concernant l’origine de son singulier nom de famille. Selon lui, Battle, le vrai nom de ses ancêtres, aurait été définitivement modifié lors du service militaire de son père. En effet, un sergent peu conciliant aurait décidé que le nom du père de Shane serait dorénavant Battier, puisque c’est ce qui était lisible sur son acte de naissance. Le père, Ed Battle, n’aurait pas moufté, et ce serait ainsi que la ligne des Battle aurait été coupée, et que celle de Battier aurait débuté.

La 31ème Franchise ne se laissant pas enfumer aussi facilement, nous avons décidé de mener l’enquête, sur ce qui nous paraissait être d’une très haute importance. Après de longues et fastidieuses investigations (il a fallu beaucoup voyager et graisser des pattes pour délier des langues, le tout grâce aux fonds de la société, bien entendu), nous sommes fiers de vous annoncer que cette histoire est une pure invention.

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Commençons donc par la seule et unique part de vérité noyée dans ce tas de bobards : le nom de Battle. Il se trouve que les ancêtres de Shane se nommaient bien Battle, jusqu’à son père. Mais la véritable explication du changement de nom diffère totalement de la version officielle. En effet, Shane a sans scrupule décidé de faire porter la responsabilité de l’extinction des Battle à son père. Or, ce brave homme n’y est pour rien. Enfin, si, il en est quand même indirectement la cause, mais pas du fait de sa lâcheté face à un bidasse idiot.

Avant toute chose, il faut savoir que la lignée des Battle a toujours su faire honneur à son nom. Les Battle étaient des gens humbles, travailleurs, qui ne rechignaient jamais à la tâche. Ouvriers miniers, soldats chair-à-canon, maçons, employés d’usine, travailleurs à la chaine dans les entreprises automobiles du Michigan… L’arbre généalogique est rempli à ras-bord de métiers nobles. Les Battle ont toujours été des gens fiers, durs au mal, qui n’ont jamais triché de toute leur vie. Ainsi, quand le père s’est retrouvé face à ce sergent voulant le déposséder de son nom par un caprice, il s’est levé, et a protesté. Le ton est monté, les deux hommes en sont presque arrivés aux mains, mais M. Ed Battle a obtenu gain de cause. Ainsi, son nom n’a jamais subit de modification, et il n’a même raconté cet incident qu’à sa femme (il apprendra plus tard que sa femme l’avait raconté à leur fils pour l’endormir, ce qui permettra à ce dernier de prendre des libertés avec l’histoire).
Quelques temps plus tard, Ed Battle a rencontré sa femme, Sandee, qui est devenue Mme Battle après un mariage célébré dans la joie et l’humilité. Ce n’est que quelques années après que leur vie va subir un changement des plus profonds. Après neuf mois et demi de grossesse, Sandee est sur le point de mettre au monde son premier enfant. Les futurs parents ont décidé de le prénommer Shane. Shane Battle, oui, ça sonnait bien.

Après une trentaine de « Poussez ! », le petit Shane est presque dehors. Malgré la plus impressionnante césarienne jamais réalisée au sein de cet hôpital, il semblerait que la tête ait un mal fou à passer. Plus brave, plus forte, et plus courageuse que n’importe quelle femme de l’état du Michigan, Mme Battle parvient à mettre fin au supplice au bout de 6 heures en faisant lentement sortir le bébé à l’air libre. Alors que le chirurgien s’apprête à délicatement saisir ce nouveau-né disproportionné (sa tête a déjà sa taille adulte), ce dernier passe à travers ses mains gantées pour aller se vautrer sur le sol ! Paniqué, le médecin se précipite pour ramasser l’enfant et s’assurer qu’il va bien. Dieu merci, la petite chose est saine et sauve. Alors que M. Battle, très irrité, demande des explications au chirurgien, celui-ci tente tant bien que mal de s’expliquer :

« Je vous présente toutes mes excuses, Monsieur ! Mais vraiment, je ne comprends pas ce qu’il s’est passé ! J’étais sur le point de le récupérer, quand il s’est jeté au sol, comme intentionnellement ! En 25 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça !».

Fasciné par le miracle de la vie et préoccupé par l’état de santé de sa femme, Ed cessa de porter attention au chirurgien pour célébrer l’instant avec sa petite famille.

Une heure plus tard, alors qu’il passait devant la salle de repos des infirmières, il entendit l’une d’elle dire à une de ses collègues : « Tu aurais dû voir ça. À peine sorti, le bébé a plongé sur le sol ! Et le pire, c’est qu’il paraissait parfaitement bien sur le lineau. Il n’a pas pleuré une seconde, et je jurerais même l’avoir vu sourire ! Ce n’est qu’une fois dans les bras de sa mère qu’il a commencé à crier. Je te jure, si tu… » …agacé que son fils soit utilisé de la sorte comme sujet de conversation, Ed décida de passer son chemin et d’aller accueillir les membres de la famille Battle qui attendaient dans la sale d’attente. Il voulait essayer de se sortir cette étrange naissance de la tête.
Hélas, Ed Battle vivra d’innombrables moments au cours de l’enfance de Shane qui lui rappelleront cet évènement. Ainsi, plus Shane grandissait, plus il développait une attirance contre-nature pour le sol. Herbe, goudron, ciment, carrelage, pierre, mosaïque, tout était bon pour se vautrer dessus. Il trouvait toujours une occasion de plonger sur le sol, de préférence sur le dos. Et c’est un beau soir d’été que la vie de Shane prit un virage inattendu.

Alors au lycée Detroit Country Day School, sa mère fut un peu en retard pour le récupérer à son entrainement de danse acrobatique (d’abord réticent à l’idée que son fils exerce ce « sport », Ed avait fini par céder), Shane fit le tour du complexe sportif pour tuer le temps. Il entra dans le gymnase du lycée où s’entrainait l’équipe de basket locale. Et ce fut une révélation ! Ce parquet tout juste verni brillait de mille feux ! Le terrain était plat sur toute sa longueur, comme si Dieu y avait posé sa godasse. Et pas un grain de poussière n’était visible ! S’il se tenait de façon parallèle au parquet, Shane pouvait presque y voir son reflet. Tremblant d’excitation, il se pencha dans un premier temps pour toucher l’incroyable surface du bout des doigts. Frémissant, il se releva lentement. Puis, en fermant les yeux, il offrit son plus beau plongeon. Se lançant d’abord la tête en premier (le centre de gravité aidant beaucoup), il se retourna en l’air pour s’affaler avec élégance sur ce sol béni. Et ce fut l’extase. Une sensation encore jamais éprouvée. La fellation que Micki McCarty lui avait donnée sur le parking deux semaines auparavant faisait tout juste office d’agréable distraction comparée à la jouissance qu’il ressentait à ce moment, se roulant sur ce parquet qu’il appellera plus tard « mon tapis de nuages ». L’orgasme passé, il en voulait déjà plus ! Hélas, l’équipe de basket le chassa du gymnase, puisqu’il n’avait pas de licence.

C’est donc ce qu’il fallait pour profiter de ce petit coin de Paradis ? Une licence ? Qu’il en soit ainsi, à partir de ce jour, il ferait du basket !
De retour à la maison, Ed Battle faillit s’étrangler de joie quand il apprit la nouvelle. Du basketball ! Un sport noble, où les hommes s’affrontent les yeux dans les yeux, donnent le meilleur d’eux-même, et repoussent leurs limites afin d’offrir aux fans d’époustouflantes performances. De plus, Shane était déjà très grand pour son âge. Aux chiottes la danse acrobatique ! Shane va faire du basketball ! Oui, vraiment, c’était merveilleux. La nuit qui suivit, Ed s’endormit avec le sourire aux lèvres, rêvant de son fils vêtu d’un jersey rouge et bleu, dunkant avec autorité sur la tête du pivot adverse.

Le rêve de Monsieur Battle prit un gros coup de savate dans la tronche lorsqu’il vit son fils jouer pour la première fois. Tout excité, il était sorti du travail plus tôt et avait regagné le gymnase où sa femme l’attendait. Le premier match de Shane, quelle émotion ! Mais le soufflet redescendit dès les premières minutes. Shane était sur le point de remplacer l’ailier titulaire de l’équipe locale. Cependant, à peine entré sur le terrain, au lieu d’effectuer rapidement le changement, le jeune Shane se jeta énergiquement sur le sol, sans explication apparente. Un silence gêné se fit dans la salle. Après deux bonnes minutes durant lesquelles le coach hurla sur Shane, celui-ci se releva de mauvaise grâce et gagna sa place dans la raquette. Tout le monde crut alors qu’il avait trébuché, même si rien dans le comportement du jeune homme ne pouvait le laisser penser. C’était la seule explication possible après tout.

Tous les spectateurs se rendirent vite compte qu’ils s’étaient fourvoyés. Au cours de ce match, Shane Battle tomba par terre la bagatelle de 19 fois en 6 minutes de jeu. Les autres parents adressèrent de mauvais regards à l’encontre de Sandee et Ed durant toute la partie. Sur le trajet du retour, humiliés, ils n’adressèrent pas la parole à leur fils qui, sur le siège arrière, affichait un sourire satisfait.

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Tous les matchs de la saison furent des copies du premier. La honte que ressentait Ed Battle grandit jusqu’à ce qu’il ne pense plus qu’à ça jour et nuit. Il devenait très compliqué de se contenir. Pour ne rien arranger, Shane continuait de sourire radieusement avant et après chaque match. Ed ne vint plus au gymnase pour voir son fils « jouer », d’autant que son temps de jeu ne dépassait pas les 2 minutes de moyenne. À la fin de la saison, l’équipe de Detroit Country Day School se hissa inexplicablement jusqu’à la finale du district. Sandee insista pour que Ed assiste à cette rencontre, durant laquelle Shane pourrait entrer, selon elle, dans « l’histoire du lycée ». C’est en effet ce qu’il se passa, mais pas de la façon escomptée. Ed, ruminant de plus en plus des pensées noires au sujet de son scandaleux fils, traina sa carcasse fatiguée jusqu’au gymnase. Le match fut serré tout le long, et le suspense était à son comble en fin de deuxième mi-temps. Comme pour faire plaisir à son père, Shane ne s’était jeté par terre que 9 fois durant ce match. Chaque chute avait tout de même été comme un coup de poignard dans la poitrine du vieux Ed. Les deux meilleurs joueurs de Detroit Country Day School s’étant blessés au cours de la partie, Shane était sur le terrain lors des dernières minutes.

Alors qu’il ne restait que 20 secondes à jouer, les locaux menaient d’un point, et ils avaient la possession. La victoire semblait assurée. Ed commença même à se décrisper et esquissa un léger sourire. 12 secondes à jouer… Shane reçu la balle. Il n’avait qu’à patienter, ou faire une passe sans risque… mais il se dribbla sur le genou. Le meneur adverse s’empara du ballon et, sans perdre de temps, traversa le terrain vers le panier. Shane, lui même plutôt rapide, ne se laissa pas distancer. Il faisait deux têtes de plus que son adversaire. Ce dernier partit au lay up. Alors que tout le monde attendait un block facile qui aurait définitivement scellé la rencontre, Shane se jeta brutalement 3 mètres en arrière, avant même qu’il n’y ait eu le moindre contact avec le petit meneur. Ce dernier inscrivit tranquillement le lay up au buzzer, donnant la victoire à son équipe.

Ce fut la révolte dans la salle, qui se mit à gronder dangereusement. Sandee et Ed furent forcés de quitter les lieux sous les huées et les jets de boisson gazeuse. Ils prirent leur voiture et rentrèrent directement à la maison sans attendre leur fils. Ils ne pouvaient tout simplement pas le voir à ce moment-là, sans avoir envie de se mettre à deux pour le tabasser.
Deux heures, plus tard, Shane rentra à la maison, après avoir été forcé de prendre cinq bus. En passant la porte d’entrée, il vit deux valises posées sur le sol. Avant qu’il n’ait pu ouvrir la bouche, son père, qui l’attendait dans le noir, s’adressa à lui d’un ton glacial :

« Je veux que tu quittes cette maison, et que tu ne reviennes jamais. Tu es la honte de la famille, et le simple fait de te voir réveille mes deux ulcères. Si je veux vivre, tu dois partir, loin. Et je t’ordonne de changer de nom. Tu n’es pas digne d’être un Battle. »

Abasourdi, Shane s’apprêtait à répondre, mais la lueur meurtrière qu’il vit dans les yeux de son paternel l’en dissuada. Il ramassa ses affaires et quitta la maison des Battle sans un mot, pour toujours.

Quelques jours passèrent, et il apprit qu’il était reçu à l’Université de Duke. La Caroline du Nord… Voilà qui répondrait au moins au premier souhait de son père. Quant au deuxième… Autant s’en occuper tout de suite. Il fila au bureau des Changements de Noms du Michigan.
Arrivé sur place, la personne à l’accueil lui demanda de patienter un moment, jusqu’à ce qu’elle vienne le chercher pour l’emmener au Bureau de la Décision, qu’ils appelaient communément « en bas », du fait qu’il soit situé au sous-sol. Shane ne put s’empêcher de remarquer que le sol de la salle d’attente était incroyablement attirant. À l’intérieur, un jeune homme noir sensiblement du même âge que Shane, s’adressa à lui :

– Toi aussi, tu veux changer de nom, hein ?

– Oui, répondit Shane. Mais je n’ai aucune idée. Je m’en fiche un peu en fait.

Il parlait d’une façon distraite, obsédé par ce sol propre et scintillant.

– Tu ne devrais pas, répliqua l’inconnu. Un nom, c’est important. Et ce n’est pas comme si tu pouvais le changer plusieurs fois. Choisis bien !

– Oui, je suppose, rétorqua Shane, douloureusement attiré par ce sol qui lui tendait les bras. J’y réfléchirai sur le chemin, en allant en bas.

– Moi, je m’appelle Fatal Elbow, reprit le jeune homme. Je n’aime pas du tout, ça ne me correspond absolument pas. Du coup, je vais opter pour Ron Artest. Si ça peut te donner une idée, quand t’iras en bas.

Mais Shane n’écoutait pas. N’y tenant plus, il plongea à plat ventre sur le sol, écartant les bras pour plus de plaisir. Il sortit brièvement de sa transe pour entendre Elbow dire en riant : « En bas, t’y es déjà on dirait ! ».
C’est à ce moment que la dame de l’accueil fit son apparition. « Monsieur Battle ? Si vous voulez bien me suivre… »
Digne, Shane se releva, épousseta ses vêtements et sortit sans adresser un regard au futur Ron Artest. La dame lui montra l’escalier à descendre afin de se rendre au Bureau de la Décision. Dans ledit bureau, un homme à l’accent français-marseillais était au téléphone. Poliment, Shane attendit qu’il ait raccroché, puis entra enfin dans la petite pièce.

« Bonjour, je cherche le Bureau de la Décision, dit-il timidement à l’homme. »

« Bah, t’y es ! répondit le gaillard. »

Ces quelques mots raisonnèrent comme un écho avec les propos de Fatal Elbow. « Bas t’y es… Bah t’y es…  Battier… ». Ça sonnait plutôt bien, et ça lui permettrait de garder ses quatre premières lettres auxquelles il tenait beaucoup. Va pour Battier !

C’est à partir de ce jour que Shane Battle devint Shane Battier, un nom qui n’est autre que le fruit de la honte et de l’humiliation de ses parents. Parents qui se refusent toujours de regarder le moindre match de leur fils renié, NBA ou pas, au risque de mourir d’un arrêt cardiaque. Ou de se scarifier avec un cutter pour transposer la douleur morale en douleur physique. Comme on les comprend…

XIII

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