On a testé pour vous : Le Verizon Center, par XIII


Mes amis, j’ai l’honneur et le plaisir de vous informer que La 31e va bien. Très bien, même. Grâce à divers sponsors invisibles et à d’autres activités parallèles à la limite de la légalité, on se gave. Bon, on soupçonne fortement Kenny de taper allègrement dans la caisse mais on ne dit rien pour le moment. D’abord par peur de recevoir une clé de bras dont l’Ours des Carpates a le secret, on ne va pas se le cacher. Mais aussi car les sommes restent colossales même après son passage, alors ça serait bête de mettre en danger notre intégrité physique pour quelques ronds… Bref, comme on n’est pas (tous) des ordures, on a décidé de vous faire croquer à notre façon, en testant pour vous quelques salles NBA. Aujourd’hui c’est moi qui m’y colle. En effet j’ai pour vous, et uniquement pour vous, passé une soirée au Verizon Center pour l’affrontement Wizards – Pacers.

En voici le récit.

18 h 10 : Je suis dans le métro. Ligne jaune, Huntington-Fort Totten. J’ai chaussé mes plus belles Nike bleu et rouge, et je suis vêtu du maillot de Bradley Beal qu’un proche m’a généreusement offert quand il a su pour mon voyage. Malgré la bonne intention, c’est une énième preuve que mon entourage ne fait absolument pas attention à moi. Si la personne m’écoutait plus attentivement quand je parle, elle aurait su que j’aurais préféré mille fois celui de Martell Webster. Peu importe, je suis assez excité en vue du match auquel je m’apprête à assister.

18 h 20 : Je sors du métro Gallery Place, en bordure de Chinatown. Le Verizon Center est juste au-dessus de la bouche de métro, c’est parfait. Alors que je me dirige vers l’entrée, je vérifie une dernière fois que mon billet est dans la poche arrière de mon jean. Et là, stupeur ! Ce putain de morceau de papier n’est plus là où je l’avais mis !!! Paniqué, je fouille toutes les poches de mon pantalon. Rien ! Mais bordel, qu’est-ce que j’ai encore fait ? Ne lésinant pas sur les moyens, la rédaction m’avait pris un billet à 10 sièges du terrain. Et me voilà devant la salle, comme un con, sans le ticket d’entrée. En transpirant à grosses goûtes, je compose fébrilement le numéro du Doc. C’est lui qui s’est chargé de la réservation. Il peut sans doute me renvoyer le billet sur mon smartphone. Mais voilà, l’enfoiré a éteint son portable ! Je lui avais pourtant dit de le laisser allumé en cas d’urgence ! C’est vrai qu’il est presque 1 h du mat’ au pays, il doit certainement être en train de négocier des préliminaires avec une donzelle et a envie d’être tranquille. N’empêche que je suis dans un beau merdier maintenant !

Ne voulant pas passer pour le blaireau de l’équipe, je me mets en quête d’un autre billet. Évidemment, les hommes à l’odeur corporelle prenante qui vendent des tickets devant la salle n’ont plus que des sièges au ras du plafond. Ah, ces bon vieux nosebleed seats… Mais je n’ai pas le choix, il me faut absolument assister au match. Après cinq minutes de négociation je finis par en achetant un pour une poignée de dollars, section 417. Heureusement que j’ai pris mes lunettes…

18 h 43 : J’entre enfin dans l’arène. Je prends directement deux bières à $11. Non, ne vous inquiétez pas, la seconde n’aura pas le temps de se réchauffer. Après 10 minutes de recherche, je me rends compte que j’ai fait un tour complet de la salle pour rien. Peu importe, je suis enfin arrivé à la section 417. Je fais lever toute la rangée, pour enfin m’asseoir sur mon siège. Bordel que c’est haut… Ian Mahinmi, debout à côté du banc, m’apparait plus petit que mon pouce de là où je suis. La bonne nouvelle, c’est que la salle est bien remplie. Pour le Verizon Center, « bien rempli » signifie qu’il n’y a que la moitié des sièges d’inoccupés.

Place à l’hymne. Levez-vous, enlevez vos casquettes, tout le tintouin ; le chant est exécuté par une chorale locale. Ça sonne un peu faux mais c’est mignon. Une fois terminé, place à la présentation des Wizards sur fond de Survival d’Eminem. La salle s’ambiance un peu. Je sens la chaleur des lance-flammes depuis ma place, et je me dis qu’il y a des bougres au second niveau qui ont dû perdre leurs sourcils. J’ai à peine le temps de m’asseoir et de prendre une gorgée de ma première bière que le match commence. Gortat a gagné l’entre deux. Hibbert montre déjà qu’il est bien dans le match… La supportrice derrière moi est clairement hystérique et me le fait sentir par de joyeux coups de pieds dans le haut du dos. Il faut dire qu’il y a de quoi être enthousiaste, puisque les Wizards ont pris les devants et résistent bien aux Pacers.

19 h 41 : Fin du premier quart temps. Les Wizards mènent toujours, portant le score à 24-21, et le match est bien agréable. Je commande une bière à un brave homme avec une casquette Budweiser qui passe dans les rangs. C’est la 3e fois que je fais appel à lui, et certainement pas la dernière. Le match reprend.

20 h 06 : Les locaux gardent le cap et maintiennent les Pacers à distance. Je viens de faire un high five à un grand père du rang de devant après un trois points de Martell « God » Webster. J’ai un peu titubé en avant avant de me rasseoir, ce qui prouve que je passe une excellente soirée. Je recommande une bière. Temps mort. G-Man, la mascotte des Wizards, débarque avec un maillot des années 2000 et envoie des t-shirts grâce à un pistolet à air. Seuls les deux premiers étages en reçoivent, et c’est pour moi l’occasion de me maudire encore une fois pour avoir perdu mon ticket qui m’aurait placé si près du terrain. Une rasade d’alcool me réconforte et je me remets à suivre le match avec attention.

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Cet enfoiré de G-Man

20 h 15 : Mi-temps. C’est surprenant, mais Indiana n’arrive pas à remonter au score. Ils devront absolument se reprendre dans la seconde période s’ils ne veulent pas se faire distancer de façon définitive. Je me lève pour aller faire pleurer le colosse. Je remarque alors que je ne marche plus très droit. Peu importe, il me faut plus de bière. Pas question de perdre le rythme. Mais, horreur, ma réserve de cash est écoulée. Après m’être soulagé bruyamment, je m’isole dans un coin du couloir pour passer un coup de fil. Tout en mangeant mes frites arrosées de deux centimètres de Ketchup, je compose le numéro de Carlosss. Il faut absolument qu’il me fasse un virement du compte de la société sur mon compte personnel. Je vais prétendre que je peux avoir une interview de David West si je soudoie un mec de la sécurité. Dieu merci, Carlosss décroche le téléphone. Il revient tout juste du bal des Fiers Portugais d’Île de France, et je peux entendre qu’il est plus que pompette. À chaque mot qui finit par une voyelle, sa voix part dans les aigües. Il consent sans trop de difficulté à m’envoyer un « petit pécule ». Sans doute que Kenny n’a pas encore pris le temps de se verser sa « part » ce mois-ci. Mes frites terminées, je m’aperçois que mon jersey est tout tâché de ketchup. Pas grave, le plus gros est sur la partie rouge du maillot. Je fais un détour par le distributeur, retire quelques dollars fraichement arrivés et prend deux autres bières dans la foulée. Quand je regagne mon siège, le match recommence tout juste.

20 h 55 : On s’approche du milieu du troisième quart-temps. Les Wizards ont passé un gros run. Paul George a bien tenté de ramener les siens grâce à quelques gros shoots mais les visiteurs sont dans les cordes. L’ambiance est plutôt bonne. La folle derrière moi continue de commenter chaque action en sautant sur place et en tapant dans mon dossier. Mon voisin de siège a décidé de payer sa tournée de shots à toute la rangée car il a trouvé $50 dans le couloir. Un bon gars celui-là ! Il faut dire que nous ne sommes que 6 sur la rangée. Après avoir enquillé le shot de tequila, je mate comme un porc les cheerleaders habillées en cowgirls. Un mâchant mon citron, je dois avoir une bonne tête de pervers. Friand de saveurs asiatiques, je décide que Jackie est définitivement ma préférée. Pour me donner une contenance, je reprends une bière au mec qui passe avec son bac. La moitié du cash qu’il a dans sa poche vient de la mienne.

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21 h 15 :  Quatrième quart-temps. Je ne vois plus rien, mais je crie comme un porc, du pop corn volant de ma bouche pour aller se loger dans les cheveux de la gourdasse devant moi. Je ne sens même plus les coups de pieds de l’hystérique derrière moi. La foule se surpasse en encouragements, et on entend même des « Wall MVP ! ». Complètement arraché et porté par l’enthousiasme général, je m’entends lâcher un « Fuck the Pacers ! Those motherfuckin’ cocksuckers suck ! ». Notez la finesse du phrasé. Quelques gens autour de moi rient. Ce n’est pas le cas du malabar assis quatre rangs plus bas qui porte un maillot de West. Il monte pour demander des explications, et la conversation s’envenime légèrement. Des coups partent discrètement. Quatre videurs étaient sur le coup, et interviennent en un clin d’oeil. Quelques secondes plus tard, le fan de West et moi même sommes sortis de force dans le couloir. Dans la salle, j’entends le coup de sifflet final et les applaudissements du public qui saluent la victoire de leurs joueurs. Le service de sécurité nous accompagne énergiquement vers la sortie de la salle. Cela dit vu comme je titube, ils me portent plus qu’ils ne m’accompagnent. Une fois dehors, je décide de m’excuser auprès de l’énervé. Après tout j’aime bien les Pacers, je me suis simplement laissé emporter par l’euphorie. Je n’ai pas fini ma phrase qu’il me frappe au visage sans prévenir. Trou noir.

Je me réveille assis contre un mur de Green Turtle, le restaurant sportif collé au Verizon Center. Une Asiatique d’une trentaine d’années s’est arrêtée pour voir si j’allais bien. Apparemment je n’ai passé que quelques minutes dans les vapes, le temps que la foule se disperse et évacue la salle. Mon maillot est déchiré, plein de graisse et de sang, et j’ai perdu une chaussure. Miraculeusement je retrouve quelques dollars dans mes poches. L’Asiatique me propose de m’emmener chez elle, et c’est alors que je réalise qu’elle est habillée comme une prostituée. Comme je viens de le dire, il me reste quelques dollars… Le choix le plus sage serait de les dépenser dans un taxi afin de me rendre à l’aéroport. Mon vol n’est que dans 6 heures mais j’ai mal au crâne, la mâchoire en compote, et la bouche pâteuse. Je devrais peut-être la jouer cool pour une fois. Alors que je me relève difficilement et m’apprête à décliner l’offre de la demoiselle, celle-ci me dit qu’elle a du saké fait maison chez elle.

Mes amis, c’est ici que s’arrête l’histoire. Comme ça, sans autre détails, sans chute. Sachez juste que j’ai loupé mon vol.

XIII

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