Cleveland, picks et picks et colégram

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Dieu est brésilien, prétendent les économistes. Rapport aux richesses naturelles foisonnantes du pays et à son dynamisme démographique. La chose touristique se prête très volontiers également à la métaphore divine, eu égard à ces plages de sable fin généreusement pourvues en corps cuivrés aux proportions bandulatoires. Le sportif n’est pas en reste de sacralisation, le Brésil figurant au plus haut des cieux dans la mythologie du football.

Maintenant revenez-nous de ces pulpeuses géométries et ces moiteurs tropicales, je suis là pour vous parler de Cleveland. Le décalage, j’en conviens, est rude, pour ne pas dire déloyal. Moi aussi j’aurais bien passé ma journée à rêvasser aux métisses nubiles aux seins pointus des pubs Tahiti Douche, mais on m’a commandé un papelard sur Cleveland; ça fait suffisamment mal au cul comme ça, merci. Mon commanditaire s’appelle Équité. Il est plutôt lent dans son genre, mais c’est un psychorigide. J’aurai pas la paix avant d’avoir formalisé certaines doléances quant au favoritisme scandaleux dont jouit certaine franchise auprès du Grand Architecte.

Le Brésil, donc. Et Cleveland. Et Dieu.

Tout ce sable et cette samba et ce football et ces caïpirinhas et ces gouines avec des plumes dans le fondement se trémoussant sur des chariots et cette misère moins pénible au soleil, c’est pittoresque mais on se lasse de tout, à plus forte raison quand on a l’éternité devant soi. Aussi en 2004, Dieu se glissa t-il dans la valoche d’un géant aux cheveux en cocotier en partance vers les États-Unis: Anderson Varejão. Varejão le prophète, vecteur qui s’ignorait de la Choune Sacrée. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Il aurait pu choisir Adriana Lima. Vous me direz, Lima, c’est le Pérou.

Cleveland

Fondée en 1796 par la Princesse de Clèves (donc sous les auspices de la chiantise absolue), Cleveland devient au début du XXè siècle un important pôle industriel. Aciéries, industries textiles et automobiles connaissent une activité prospère. Symbole de cette économie florissante, la Terminal Tower est achevée en 1930. Il s’agit alors du second plus haut immeuble du monde. Elle n’a jamais mieux porté son nom qu’aujourd’hui, alors que la ville s’apparente véritablement à un moribond métallique en phase terminale. Rien qu’à regarder des photos tu risques de choper le tétanos.

Car après l’industrialisation vient la gueule de bois. La croissance ralentit. Les usines n’embauchent plus. Voire, elles commencent à licencier. A force de rejeter en toute allégresse des quantités généreuses de composants chimiques dans leur rivière, la Cuyahoga (le nom laissait effectivement présager une couille) pète à la tronche des riverains. La rivière prend feu plusieurs fois entre 1952, puis en 1969. Normal. Cleveland fait la couv de Time Magazine en 1969. L’Amérique pouffe, déjà.

Au milieu des années 1970, Cleveland est déjà une ville en déshérence. En 20 ans, la ville a perdu 165,000 habitants. De 59 en 1962, le nombre d’homicides atteint le chiffre de 333 en 1972. En 1976, pas moins de 21 attentats à la voiture piégée sont commis entre bandes rivales du crime organisé. Les friches industrielles grignotent le paysage urbain. Cette atmosphère de désolation explique peut-être l’avance créatrice des rockeurs locaux de Père Ubu, fers de lance d’un post-punk littéraire.

Sportivement, c’est tout aussi démoralisant.  Le dernier titre des Cleveland Browns remonte à 1964. Ils n’ont encore jamais participé au Super Bowl depuis sa création en 1967. Les Cleveland Cavaliers des années 80 et 90 ne sont connus du grand public qu’en tant que souffre-douleurs préférés de Michael Jordan. Cleveland se passionne pour le baseball lors du déménagement des Indians à Jacobs Field en 1994. Mais après deux défaites désespérantes en finales des World Series en 1995 et 1997, le rachat de l’équipe par l’avocat Larry Dolan en 1999 sonne le début d’une phase de reconstruction pour les Indians.

Un espoir fleurit tout de même dans ce marasme. A l’issue d’une saison piteuse à 17 victoires et 65 défaites, les Cleveland Cavaliers obtiennent le 1st pick à la draft 2003. Ils sélectionnent l’enfant du pays: LeBron James. Dieu tel un bandwagoner débarque à Cleveland la saison suivante, ainsi que je vous l’expliquais.

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La suite on la connaît, vous la connaissez, ils la connaissent. Puis on n’est pas du genre à se palucher sur l’Hideux par ici. Vous espériez quoi, des superlatifs, un Top 5? Y’a d’autres sites pour ça. Pour résumer, l’homme-bandeau cartonne. Il emmène les Cavs jusqu’aux Finales les plus ennuyeuses de l’Histoire en 2007, pour les quitter prestement par la petite porte, mais ce n’est pas de sa faute, il a fait de son mieux et puis il était entouré de baltringues (version officielle). Tout de même, 35% de réussite aux shoots (32/90) c’est pas brillant-brillant.

James continue à faire de son mieux encore 3 ans. Dieu laisse faire. Dieu aime les méritants. Question de cohérence avec les chameaux et les aiguilles. Aide-toi le ciel t’aidera. Dieu regarde. LeBron James est le prophète dont Cleveland avait besoin. Il gagnera le titre pour Cleveland. Et Cleveland renaîtra dans un élan de liesse populaire. Jamais plus l’Amérique ne rira à ses dépens.

Lors le désarroi saisit le Tout-Puissant devant The Decision, cet équivalent ESPNesque d’un « Sacrée Soirée » sans les playbacks. Comment! Lui qui avait juré de ramener le titre à Cleveland! Le fieffé parjure! Tandis que la superstar prête allégeance au Malin (le n°6, le rouge et le noir, la symbolique du brasier, la ville du vice, le Big Three comme une Trinité sacrilège, etc…) , et que des myriades de boutonneux se découvrent une passion subite pour la Floride, ce mouroir à nantis, sous le deuxième prétexte foireux que « ma mère m’a acheté le CD de Latino-Caribbean Party Vol.7 comment je kiffe trop« , Dieu se résout enfin à intervenir.

Créer le monde en 5 jours et 7 heures sup’ était une chose, réhabiliter Cleveland est un chantier autrement colossal. A l’époque, il n’y avait qu’à saupoudrer des biomolécules au dessus des océans et laisser agir. Mais aujourd’hui, impossible de tripatouiller deux ou trois quartiers sans révéler Son existence et donc fausser complètement le jeu de société divin. Il faut que cela se fasse par le sport, en scred. C’est le sport qui doit impulser le changement d’image décisif qui, à terme, fera revenir les emplois à Cleveland. Rendez-leur leur fierté, ils apprendront à pêcher ( mais pas dans la Cuyahoga, malheureux! )

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Dieu se démène avec les tirages et en quatre ans, ce sont 3 premiers choix et 2 quatrièmes choix de draft qui échoient à Cleveland. Il s’agit de donner le statut de prophétie à la missive vengeresse de Dan Gilbert comme quoi Cleveland remportera un titre avant l’Indigne James. En plus son gamin est atteint d’une maladie orpheline, ça ferait une parabole croquignolette.

La franchise sélectionne d’abord Kyrie Irving. En attendant de l’entourer de coéquipiers capables d’enchaîner trois dribbles, l’australo-américain mettra de jolis paniers qui feront plaisir aux fans. Au bout d’un moment on se rendra compte qu’un panier inscrit en changeant cinq fois de direction et en tortillant du cul ne vaut pas plus de points et prend quatre secondes de plus qu’un lay-up de pick’n’roll tout con, mais d’ici là il aura été élu Rookie Of The Year, on aura construit un effectif solide et les victoires suivront.

Du reste, le prometteur Tristan Thompson est recruté la même année. 2012 voit l’embauche du scoreur Dion Waiters. Las, l’équipe plafonne à 24 victoires. En 2013, les Cavs se précipitent tête baissée dans la plus grosse escroquerie depuis les placements Madoff: un Anthony Bennett pondéralement suspect, aussi adroit qu’un amputé, qui pose des écrans tout mous en marchant, et globalement doté du fighting spirit d’un panda né en captivité. Pour parachever la merditude, les Cavs se font enfler par les aigrefins du Staples, anxieux de lourder leur pivot aux genoux de pionnier du parachutisme en échange de sang frais. Un individu qui, non content de pourrir les entrainements en shootant du milieu de terrain à chaque possession, se fera un principe de motoculter la flore vaginale de toutes les wags du coaching staff.

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La lose est tenace. La lose ne mord pas aux feintes de Kyrie Irving. Elle ne craint pas les coudes de Varejão. Le salut viendra t-il en 2014? Il le faudrait, car Dieu n’a pas que ça à foutre. Il s’absente du Brésil dix petites années et ça devient n’importe quoi. Des stades qui ne se terminent pas, une gronde sociale qui va s’amplifiant, des rumeurs comme quoi Adriana Lima sortirait avec Justin Bieber…Le moment est venu de rentrer au pays. Ce dernier coup de pouce devrait faire le taf, ou alors ce serait bien le diable…

Les attentes sont gigantesques. Le cru 2014 est envisagé faire passer le Château Margaux 1984 pour du vinaigre. Embiid doit ringardiser. Olajuwon. Wiggins faire oublier Jordan, si Jabari Parker ne se charge pas de l’effacer des tablettes en premier. Doug McDermott a un nom qui claque. Quant à Lavine, il saute super haut. Faudrait vraiment en chier sévère pour choper un cave encore cette fois. Y’a plus qu’à trouver un coach et si Dieu le veut, ça devrait aller… non?

 DrStrangelove

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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